Comment j’ai survécu aux toilettes japonaises

Marie a 23 ans. Etudiante, elle passe une année à Tokyo au Japon dans le cadre de son bachelor. Et l’un de ses plus grands chocs culturels, c’est l’hygiène à la nippone. Pour J’irai Dans Ta Salle De Bain, elle raconte.

Un rapport ambigu à l’hygiène : c’est ce que j’ai pu constater en emménageant à Tokyo. Même en étant briefée sur les spécificités nippones, j’ai découvert plein de trucs vraiment chelous pour une petite européenne comme moi. A commencer par ces cabinets high-tech plus imposants qu’un jacuzzi : les « washlets« .

On a beau être préparé mentalement à ces célèbres toilettes japonaises, la sensation des petits jets d’eau tiède qui visent très précisément vos parties intimes est très déroutante. En gros, ces toilettes de luxe combinent bidet et latrines, avec une optimisation de votre confort digne d’un spa cinq étoiles.

Le washlet : une merveille technologique Flickr/CC/Laura Tomàs Avellana

Le washlet : une merveille technologique
Flickr/CC/Laura Tomàs Avellana

Option : jet dans l’anus

La première fois que j’ai découvert les toilettes japonaises, c’était dans les toilettes publiques d’un grand magasin. En arrivant, le couvercle s’est automatiquement ouvert pour m’accueillir, ce qui m’a un peu fait flipper. Deuxième surprise : la lunette était tiède pour ne pas faire subir de choc thermique trop abrupte pour mon délicat fessier. Résultat, j’ai eu l’horrible impression de passer juste après quelqu’un qui venait de faire une très longue et grosse commission. Un peu comme quand j’étais petite et que j’allais faire pipi après mon père qui passait des heures sur le trône.

Une fois installée, j’ai aussi paniqué en découvrant des boutons plus nombreux que sur une console de jeu, évidemment tous en idéogrammes. Heureusement il y a de vagues dessins pour illustrer, mais l’option « jet dans l’anus » était relativement peu claire par rapport à ce qu’il signifie vraiment. La température était idéale, c’était étrange mais pas désagréable. Un autre bouton, rose, est destiné aux femmes : pratique pour l’hygiène intime.

Le tableau de bord d'un washlet ©Flickr/CC/jpellgen

Le tableau de bord d’un washlet ©Flickr/CC/jpellgen

L’option séchage permet de sortir avec les fesses propres et sèches sans utilisation de papier toilette, sans doute l’écologie version japonaise. Un système de ventilation permet d’absorber les odeurs. On peut aussi moduler la puissance des jets et surtout enclencher un bruit de cascade ou de chasse d’eau afin de couvrir ses besoins, un tabou immense au Japon. Ce qui est un peu ridicule puisque tout le monde vous a vu entrer dans le cabinet et se doute bien que vous n’êtes pas là pour boire le thé.

Une fois soulagée, un vent de panique m’a saisie : comment arrêter les jets ? Je me voyais déjà traumatiser un pudique Japonais en lui demandant de stopper une inondation certaine, la cuvette encore pleine. Le bouton rouge aurait pu être une alarme : imaginez les pompiers venant me sauver alors que j’étais tranquillement en train d’évacuer les ramens du midi ! La honte suprême. Heureusement, le seul rôle de ce bouton est d’arrêter les jets.

Washlet en action ©Wikipedia/CC

Washlet en action ©Wikipedia/CC

Cette expérience dépaysante a un prix : les washlets les plus cheap coûtent 500€, certains modèles montent
à 8000€. On les trouve essentiellement dans les restaurants un peu chics, les hôtels et dans certaines toilettes publiques.

Les toilettes publiques : luxe et propreté

D’ailleurs, les toilettes du métro tokyoïtes sont sans doute plus propres que les vôtres. Immenses, elles offrent le choix : washlets, toilettes classiques ou toilettes à la turque, les traditionnelles au Japon. Il y a même des pissoirs dans les toilettes des femmes, pour que leurs petits garçons puissent les utiliser. Toutes ces options sont équipées du bruit de cascade : inévitable et essentiel pour ces Japonais un peu coincés du slip.

Autre espace clef : dédié à la « coiffure », cette fois : grands miroirs, tabourets, prises électriques… Les Japonaises sont très coquettes et n’hésitent pas à passer du temps à se remaquiller et se recoiffer. Une fois, j’ai même vu une fille sortir son fer à boucler pour dompter une mèche déjà parfaitement ondulée.

Chez moi, la chasse d’eau est bizarre

Côté salle de bain privée, même dans les plus petits appartements (très fréquents à Tokyo), il y a une baignoire, même minuscule. Le mot « douche » n’est arrivé que récemment dans le vocabulaire japonais, traditionnellement, on se baigne pour se laver. Et l’idéal est d’avoir des toilettes séparés, une preuve supplémentaire de la schizophrénie hygiénique des Japonais.

Je n’ai compris qu’après trois mois ici la chasse d’eau bizarre de mon appartement. Ici, le lavabo est intégré. On tire la chasse, de l’eau sort d’un robinet, qui remplit le réservoir. Apparemment, le but est de se laver les mains et de garder cette eau savonneuse pour les toilettes. Une méthode écologique dont on pourrait s’inspirer.

La fête à la knacki-ball

Les Japonais ont un rapport à l’hygiène un peu particulier. Ils tiennent absolument à couvrir le bruit de leurs besoins, on peut même acheter des sons personnalisés pour ses toilettes high-tech privées. Mais toute cette pudeur disparait totalement dans les sento.

Les sento sont les bains publics japonais, et respectent une quantité de règles et de codes que seuls les autochtones peuvent comprendre. Historiquement, les Japonais vont dans les bains publics pour se laver, jusqu’au milieu du 20e siècle : cette habitude perdure encore aujourd’hui, même dans les grandes villes.

J’ai pu expérimenter cette tradition dans ma salle de sport, une version modernisée du sento, qui respecte néanmoins le rituel traditionnel. Il y a d’abord un espace pour se laver : plusieurs « stations de douche » sont placées les unes à côté des autres. On s’assoit sur un tabouret et on se lave et se frotte le corps entier, entièrement nus, aux yeux de tous. Côté hommes c’est pareil : c’est la fête à la knacki-ball. Les Japonais n’ont aucune gêne à se laver intimement, totalement à poils, alors qu’ils sont chochottes sur le bruit de leur crottes dans l’eau. Tout l’inverse de la culture française où on peut faire des blagues pipi-caca mais où on garde son maillot dans un sauna.

Une zone de nettoyage dans des bains publics japonais ©flickr/CC/japanexperterna.se,

Une zone de nettoyage dans des bains publics japonais
©flickr/CC/japanexperterna.se,

Une fois bien propre, on entre dans le bain, toujours nu, pour se détendre dans l’eau chaude. Mais attention, dans un sento, la règle la plus importante n’est pas de se laver avant d’entrer dans le bain ou de masquer le bruit de son pipi. Le gros tabou est le tatouage. Au Japon, seuls les Yakuzas, les membres de la mafia japonaise, sont tatoués. Cachez votre papillon dans le creux des reins ou votre tribal ridicule, sinon vous serez bannis des bains publics et manquerez une expérience inoubliable.

Je me nettoie donc en imitant mes voisines pas farouches. Un peu intimidée, j’ai réfréné un fou rire quand l’une d’entre elles s’est éloignée. Il faut savoir que le ticket de métro est aussi une spécificité française : de dos, je voyais sa touffe dépasser. Je n’ai jamais vu autant de poils pubiens de ma vie.

Eléonore Payro

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