Pourquoi la salle de bain de Shining nous terrifie-t-elle autant ?

#HalloweenWeek  Une femme qui se décompose, une hache plantée dans une porte de salle de bain et les yeux fous de Jack Nicholson : le temps passe, et pourtant Shining continue de hanter notre mémoire. Jean-Michel Frodon, historien du cinéma, a quelques pistes pour expliquer cet étrange phénomène…

Peut-être n’avez-vous jamais vu Shining. Réalisé par Stanley Kubrick en 1980, le film, inspiré du roman homonyme de Stephen King, retrace l’histoire de Jack Torrance (Jack Nicholson), écrivain. Pendant 6 mois, il a accepté de devenir gardien d’un immense hôtel désert en pleine montagne, accompagné de sa femme Wendy et de son fils Danny.  Un isolement qu’il espère bénéfique à sa créativité. Mais c’était sans compter sur les pouvoirs étranges de cet hôtel, et sur le « shining », le don de voyance de son fils : peu à peu, Jack sombre dans la folie…

La salle de bain, théâtre des décalages

Dans cette scène, Jack Torrance entre dans la chambre 437. Derrière une porte entrebâillée, une salle de bain, verte et spacieuse. Comme si elle était irrésistiblement attirée, la caméra – une steadycam, petite caméra à l’épaule – glisse vers la pièce tandis qu’une main, celle de Jack, pousse doucement la porte. Au fond de la pièce, il découvre une femme jeune et nue, assise dans la baignoire.  Il s’approche d’elle, l’embrasse mais se rend alors compte que la jeune femme est en train de se transformer… en cadavre putréfié. 

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Que signifie cette scène ? Pour Jean-Michel Frodon, historien du cinéma, difficile d’être dogmatique dans son interprétation. « Comme souvent dans les films de Stanley Kubrick, on retrouve l’idée que la réalité existe dans plusieurs états. Shining ne présente pas une narration linéaire, classique, mais plutôt des couches où le subconscient se mélange au conscient« , explique-t-il.

Des images qui résonnent profondément en nous

Plus qu’un élément narratif, ce passage serait donc une exploration de ce qui se passe dans la tête de Jack. Exploration qui provoque en même temps, chez le spectateur, un sentiment d’effroi difficile à expliquer. « Le mécanisme utilisé par Stanley Kubrick consiste dans cette scène à inverser les signes, à brouiller les repères : un corps attirant, sensuel, qui passe subitement à un état de putréfaction ». La transformation du corps, marque du vieillissement et du temps qui passe, est un sujet universel, qui résonne profondément en chacun de nous. Voilà peut-être pourquoi l’image reste gravée en nous…

Tout au bout de l’entonnoir …

L’autre scène où il est question d’une salle de bain est peut-être plus parlante encore. On est alors à la fin du film, et Jack est devenu fou à lier. Wendy se réfugie dans la minuscule pièce pour échapper à son mari, qui s’est entre-temps armé d’une hache. « Ce genre de scène existe dans des centaines de films », explique Jean-Michel Frodon. Alors pourquoi celle-ci retient-elle notre attention ? « La salle de bain se situe au bout de l’hôtel, au bout d’un entonnoir qui se rétrécit jusqu’à cette toute petite fenêtre ». Antichambre de la mort, dernier refuge ou seul échappatoire à cet enfer ? Symboliquement, cette salle de bain correspond au paroxysme de la tension.

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Le portrait d’un pervers

Pour Jean-Michel Frodon, difficile de ne pas y voir une symbolique sexuelle. « Il y’a quelque chose qui se rapproche de la pénétration, du viol, dans la façon dont Jack Torrance vient trouer la porte à coup de hache : un trou, trop étroit, passage vers l’intime, vers la femme », analyse-t-il. Car Jack Torrance ne fait pas seulement preuve de violence dans cette scène. Il y est également furieusement infantile, lorsqu’il invoque, par exemple, l’histoire des trois petits cochons et du loup qui détruit la maison. Il joue également sur un registre inattendu : celui de la séduction. « Coucou, chérie, c’est moi ! », s’exclame-t-il en passant la tête à travers la porte défoncée de la salle de bain. Violent, infantile et séducteur : c’est l’entremêlement de ces trois dimensions qui donne au personnage de Jack sa profondeur psychologique terrifiante, difficilement lisible.

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Une hache, les sourcils en accent circonflexe et des « Où es-tu, Danny ? » à la pelle : vous savez désormais à quoi ressemblera votre déguisement d’Halloween.

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